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Les personnages célèbres

Hôtes illustres à Saint-Jean-de-Luz

Dernière ville avant la frontière sur la route qui menait en Espagne via Béhobie, Saint-Jean-de-Luz vit passer et accueillit de nombreux visiteurs illustres. Voici quelques hôtes célèbres aux XVe et XVIe siècles.

Louis XI

L'un des premiers fut en 1462 le roi Louis XI. Il séjourna à Saint-Jean-de-Luz d'où il se rendit au château d'Urtubie à Urrugne pour y rencontrer le roi Henri IV de Castille. Venu en qualité de médiateur entre les rois de Castille et d'Aragon pour une question de frontières qui intéressait également le roi de Navarre, il tenta de mettre fin à des querelles de voisinage, très anciennes, qui opposaient parfois violemment les habitants de Fontarabie aux Urrunars. Le droit de pêche et l'établissement des nasses à saumons dans la Bidassoa. Pour ne pas mécontenter le roi de Castille, Louis XI arbitra en faveur des Guipuzcoans. Il leur accorda la propriété intégrale du fleuve et par conséquent celle des îles. Or dans l'une d'elles se tenaient les faceries, réunions internationales chargées des réglements et des litiges.
Plus heureux, les luziens obtinrent confirmation de leurs droits et privilèges. Le 1er mai 1463 pour remercier "ses chers et bien amés les manans et habitants de Sainct Johan de Luz", Louis XI les exempta du paiement du "droit d'accise pour les denrées, bien et marchandises qu'ils vendront ou échangeront et mèneront hors le dict lieu, soit par terre, soit par mer, franches et quitte de tout droit".
Tous les rois de France jusqu'à la Révolution renouvelèrent ces lettres patentes qui peuvent être consultées dans les Archives Municipales, paraphées par nos rois, quelques-unes portant encore des restes de cachets de cire attachés par des rubans verts et rouges.

Louis XII

A cause des prétentions italiennes de Charles VIII et de Louis XII les hostilités avaient recommencées de part et d'autre des Pyrénées. En 1512 les troupes espagnoles ravagèrent le labourd, brûlant au passage "quelques maisons" à Saint Jean de Luz, Ciboure et urrugne. L'année suivante Fontarabie était assiégée. Cette année-là Louis XII rencontra Ferdinand d'Aragon qui avait annexé la Navarre à Urtubie. Conciliant, l'Aragonais accepta le retour de la frontière entre le Guipuzcoa et le Labourd au milieu de la Bidassoa. Les luziens Avaient été dès 1498 "affranchis de tout droit par tout le royaume de leurs marchandises et autres leur appartenant". Privilège accordé pour favoriser le commerce et remercier la ville qui avait équipé des galères pour les campagnes d'Italie, envoyé des volontaires et avait "une compagnie et une enseigne" dans la milice chargée de protéger le territoire.

François 1er et ses fils

Le 17 mars 1526 le dauphin François et son frèrent furent échangés contre leur père, prisonnier depuis la défaite de Pavie, au milieu de la Bidassoa. Sitôt libéré François 1er se rendit à Saint Jean de Luz où il fut ovationné par une foule en liesse. Après un copieux repas il partit rejoindre sa mère à Bayonne.
C'est avec autant d'enthousiasme que quatre ans plus tard, les jeunes princes rentrant en captivité accompagnés de la nouvelle Reine Eléonor, soeur de Charles Quint, furent accueillis. Cinq cent jeunes hommes portant des torches allumées leur firent escorte jusqu'à l'entrée de la ville, où malgré la pénurie de bois un feu de joie brûlait devant chaque maison.
Ni François 1er ni les princes n'oublièrent ces accueils. Plusieurs lettres patentes mentionnent "la grande loyauté et la fidélité" des luziens, leur vaillance et leur résistance à l'ennemi. En 1559 Henri II leur accorda la "permission de vendre leurs pêches de morues et autres par tous les ports, y compris les huiles de morues".
La Cité qui avait subi plusieurs invasions des troupes espagnoles et qui l'année précedente avait été incendiée méritait bien cette favaue royale !

Charles IX

Charles IX confirma plusieurs fois les privilèges accordés par ses prédécesseurs. En juin 1565 il se rendit à Hendaye avec sa mère Catherine de Médicis pour recevoir la reine d'Espagne, sa soeur, qui séjourna avec eux plusieurs jours à Bayonne.
En juillet le roi resta à Saint Jean de Luz une huitaine de jours pendant lesquels il fit des promenades en mer et "prit plaisir à voir danser les filles à la mode de basque".

Pierret Bruyères
Sources : Archives municipales
Léonce Goyetche : Saint Jean de Luz historique et pittoresque
Monographies Urrugne, Ciboure, Saint Jean de Luz

Le mariage de Louis XIV

En 1660 Saint Jean de Luz, devenue grâce à l'essor de la pêche à la baleine et à la morue une cité prospère, comptait environ douze mille habitants. Elle eut l'honneur d'être choisie à cause de sa proximité de la frontière pour la célébration du mariage de Louis XIV et de l'Infante d'Espagne.

Louis XIV et la Cour arrivèrent le 8 mai. Le Bayle et ses quatre adjoints les attendaient en toge et chaperon rouge, M. le Curé et ses seize vicaires étaient devant la porte de l'église. Tous les luziens guettaient, les bourgeois aux fenêtres, le peuple dasn les rues. Quand le monarque fit son entrée dans la ville ce fut une explosion de joie ! Le canon tonna, les cloches carillonnèrent, les vivats retentirent, les danseurs "crascabilaires" s'élancèrent devant le carrosse pour exécuter le pas national. Par la grande rue janchée de fleurs, ornée de bannières et d'arcs de triomphe, le cortège parvint jusqu'à la place où il s'arrêta. Sur le bassin de la Nivelle, à côté des navires pavoisés, se balançait la galiote préparée pour le Roi.
Il fallut loger et nourrir le Roi, sa famille, les centaines de personnes qui les accompagnaient...et les chevaux ! Toutes les communes du Labourd avaient contribué au don de 20000 livres voté par la Province pour le mariage, mais la plus grande partie des dépenses de logement et d'entretien fut supportée par Saint Jean de Luz.
Le Roi fut reçu dans la maison à tourelles de Johannis de Lohobiague, la Reine mère résida à "Joanoenia". Le Duc d'Anjou fut l'hôte du bayle, Mazarin alla à "Estebania" 'la maison Ravel). Les autres membres de la famille royale, les Altesses et les Eminences réussirent à se faire héberger par les habitants mais les charpentiers du port durent construire en quelques heures des baraquements pour abriter un grand nombre d'arrivants.
En attendant la venue du Roi d'Espagne et de sa fille à Saint Sébastien, la vie s'organisa. Fort pieux Louis assistait aux offices avec sa mère, puis dînait en public. Suivaient les divertissements : représentations théâtrales et bals dans la grande salle du rez-de-chaussée de la Maison de Ville. Le 25 mai le monarque renouvela pour trente ans les privilèges de la ville.

Le 3 juin eut lieu à Fontarrabie le mariage par procuration. Le lendemain, à l'île des Faisans, dans le pavillon de la Conférence décoré par Velasquez, Anne d'Autriche rencontra son frère et sa bru. Malgré la rigueur du protocole Louis XIV réussit à apercevoir marie-Thérèse par l'entrebâillement d'une protière. La petite Infante n'était ni belle ni majestueuse mais elle avait de beaux cheveux blonds et des yeux bleus brillants et agréables.

Le 6, Louis XIV et Philippe IV se jurèrent une amitié perpétuelle.

Le 7, l'Infante quitta la partie espagnole de l'île des Faisans. Le soir elle coucha à "Joanoenia".

Le 9, fut le grand jour des épousailles ! Le cortège se rendit à pied à l'église sur une sorte de pont recouvert de tapis. Les régiments de gardes formaient une haie d'honneur. En tête venaient deux compagnies de gentishommes, le prince de Conti et Mazarin. Le Roi, en habit de drap d'or recouvert de dentelle noire, précédait de quelques pas l'Infante revêtue d'un lourd et long manteau violet, coiffée d'une couronne d'or.
Commencée à midi la cérémonie présidée par l'évèque de Bayonne dura trois heures.
L'église n'était pas le monument actuel. Des travaux de réfection et d'agrandissement avaient été commencés en 1649 puis suspendus par manque d'argent en 1652. Ils reprirent en 1666. L'autel n'était pas surélevé, la nef était moins grande mais les galeries existaient. La porte par laquelle passa le cortège royal ne fut murée qu'en 1669.
Rentrés à "Joanoenia" le Roi et la Reine jetèrent du haut des galeries à l'italienne des pièces d'argent, frappées pour la circonstance. Le bon peuple applaudit, heureux et fier d'assister à cet évènement historique qui apportait la paix. Leurs majestés soupèrent en public au château Lohobiague.
Contrairement à l'usage la nuit de noce n'eut pas de témoins.
Le lendemain le Roi et sa famille offrirent des présents à leurs hôtes et à l'église qui reçut un assortiemnt complet de vases et ornements sacrés dont la plus grande partie disparue à la révolution.

Le 15 juin, les souverains quittèrent Saint Jean de Luz. La ville retrouva son calme et les luziens leurs préoccupations dont la plus importante était déjà, la lutte contre la mer. Mais il n'oublièrent pas le séjour du Roi Soleil pendant lequel leur cité avait été la capitale de la France.

Sources :

  • Archives municipales,
  • Saint Jean de Luz historique et pittoresque (Léonce Goyetche)
  • Saint Jean de Luz ville royale (Jean d'Elbée)
  • Saint Jean de Luz (Joseph Nogaret)
  • Monographie de Saint Jean de Luz Tome I

Visiteurs célèbres

Napoléon III

A partir de 1854, Napoléon III et Eugénie vinrent de iarritz pour des visites officiels mais aussi en voisins, chez des notables amis ou au cours de promenades dans la région.

Les luziens avaient accueilli avec satisfaction la proclamation de l'Empire faite, "avec toute la solennité possible", sur la place publique, devant la mairie, par le Premier Magistrat Joseph Joachim Labrouche, maire quasiment inamovible depuis 1808 !
La première visite officielle eut lieu le 3 août 1854. Le maire n'en fut informé qu'une heure avant le départ de Biarritz. Il lui restait peu de temps pour prendre "les dispositions nécessaires". Cependant il était à l'entrée de la ville entouré des conseillers municipaux et du juge de paix lorsque les souverains arrivèrent en calèche découverte. Gration Goyeneche, (Labrouche était décédé avant d'avoir eu le plaisir et l'honneur de recevoir son Empereur), remit à Napoléon III, un placet exprimant les voeux des habitants pour que fût entrepris "un système d'ouvrage propre à protéger la ville des ravages de la mer (...), les sentiments de dévouements et de reconnaissances de la population, (...), son bonheur de voir le Sauveur de la France". Leurs majestés se rendirent au milieu des cris enthousiastes des luziens et "des nombreux baigneurs étrangers" à l'église. Elles écoutèrent avec recueillement le chant "Domine Salvum Fac Imperator", et l'Impératrice pria avec "une ferveur édifiante aux pieds de la Vierge des douleurs". Ils allèrent à pied à la mairie où ils prirent des rafraîchissements. Napoléon examina le plan de la ville et ceux des travaux d'un port commencés en 1782 et interrompus à la révolution. Puis ils visitèrent la Maison de Louis XIV et celle de l'Infante.

Avant de partir, l'Empereur fit un don de 1000 F pour le bureau de Bienfaisance et de 2000 F pour la musique. Très heureux de l'accueil qui lui avait été fait, il promit qu'il reviendrait.
Le 20 septembre 1856 les Souverains arrivèrent avec le petit Prince impérial. L'Empereur s'enquit des besoins de la localité, promit 5000 F pour la réparation des tribunes de l'église, donna 1000 F pour secourir les veuves et les familles des marins morts pendant la guerre d'Orient et la même somme pour le bureu de Bienfaisance. Il inspecta la rade, posa plusieurs questions prouvant "qu'il persistait sérieusement à créer un port".
Pendant l'hiver 1856 dix bâtiments firent naufrage dans les parages de Saint Jean de Luz. La municipalité écrivit à l'Empereur pour lui rappeler l'intérêt qu'il avait manifesté pour la création d'un port et les bienfaits qui en résulteraient... Dans le courant de l'année 1857 le projet de fermeture de la rade fit l'objet d'une étude appronfondie.
Le 26 septembre 1859, Napoléon revint à 5 heures du soir. Traversant à pied la Grand Rue ornée de guirlandes, il se dirigea vers le port sous les acclamations de la foule. Il s'embarqua dans une chaloupe de pêche pour se rendre au Socoa qu'il "visita en détail demandant tous les renseignements utiles à la création d'un port de refuge". La marée étant trop forte il rentra à Saint Jean par le chemin escarpé de Socoa en compagnie du maire de Ciboure. Sur le pont de la Nivelle où l'attendait le maire de Saint Jean de Luz, il monta en voiture passant entre une double haie de fanaux allumés portés par des jeunes filles.
Toutes les maisons étaient pavoisées et illuminées pour remercier le Souverain de sa "paternelle sollicitude".
En 1862 une subvention de 3 000 000 de francs fut accordée.
En 1865, leurs Majestés allèrent au Socoa voir manoeuvrer le canot de sauvetage que l'Impératrice avait offert à la société centrale de sauvetage des naufragés et Napoléon examina les travaux de la digue commencés l'année précédente. 
En mai 1867 un décret octroya 4 800 000 F. Au nom de tous les luziens dont la ville allait être "désormais en sécurité" le Conseil Municipal dressa à l'Empereur "le respectueux hommage de leur profonde gratitude".
Quand la fermeture de la rade fut achevée, l'Empire  était couvert d'oppobre, les derniers édiles bonapartistes avaient été évincés aux élections de 1881.
Il fallut attendre les fêtes du centenaire de l'Artha, pour repenser aux libéralités de Napoléon III et donner son nom à une route qui sinue entre les campings d'Acotz.

Le chevalier Firmin Van Bree

Industriel belge, personnalité mondialement connue, homme d'action et de coeur, Firmin Van Bree, amoureux de Sainte-Barbe, voulut y reposer pour l'éternité.

Un personnage étonnant ce Firmin, Josse, Félix Van Bree, qui était déjà très connu lorsque, au début des années folles il vint à Saint Jean de Luz passer tous les étés étant dit-on, "tombé amoureux en survolant la Côte Basque lors de voyages au Congo"...
Né le 28 mai 1880 a Anderlecht en Belgique, orphelin de père quelques mois après sa naissance, il perdit sa mère en 1896, l'année de son entrée à l'université de Louvain où, après de brillantes études il obtint en 1903 un diplôme d'ingénnieur en Construction Civiles.
En 1904 il partit pour le Congo. Nommé ingénieur à la compagnie du chemin de fer de cette colonie belge, il contribua à son essor économique pendant plus de cinquante ans.
D'une activité débordante il fonda, présida et administra près d'une soixantaine de sociétés, en Afrique et en Europe (en belgique, au Portugal, en France), tout en continuant de s'intéreeser aux transports ferroviaires, maritimes, fluviaux et aériens. Cette vie professionnelle si bien remplis ne l'empêcha pas  de se consacrer à des institutions humanitaires, aux oeuvres de l'enfance, à la fondation Hoover pour le développement de l'Unniversité de Louvain, à la croix rouge, à la lutte contre le cancer et la lèpre. Pendant la guerre de 1914 à 1918 il organisa et dirigea, sous l'autorité de messieurs Hoover et Franqui, le cominté national de secours et d'alimentation de la belgique et du nord de la France occupés par les allemands. Pour tous ces services rendus il fut anobli par son pays, fait officier de la légion d'honneur et docteur honoris causa de l'université de Louvain.
Séduit par Saint Jean de Luz et surtout par le promontoire de sainte-barbe, il réussit à acheter les terrains occupés de 1893 à 1915 par le golf des Anglais, le premier golf luzien. Il y fit édifier par André Pavlovsky, à partir de 1931, trois villas : San Firmin, Santa barbara puis Los Escudos, vaste villa où il se retira ayant abandonné progressivement à partir de 1950 la plupart de ses mandats d'administrateurs de sociétés. Il y recevait ses amis de la Côte basque et des belges auxquels il fit partager sa passion pour la région. Après un voyage aux Etats-Unis où il avait vu des "motor-hôtels", il eut l'idée de faire construire, toujours par son ami Pavlovsky, les Motels basques. Terminés en juillet 1954, ces motels, les premiers en Europe, étaient aménagés pour recevoir une clientèle aisée et cosmopolite que ne pouvaient plus accueillir les hôtels du golf et d'Angleterre transformés en appartements.
Pour le remercier de l'avoir fait connaître par sa notoriété et de contribuer au développement de son commerce, la ville le nomma citoyen d'honneur. Firmin Van Bree était à cette époque un homme de haute stature, patriarche à grande barbe blanche, impressionnant par son allure, un peu excentrique, dont quelques luziens se souviennent encore.
Désireux de ne pas quitter ce site de Sainte-Barbe tant aimé, le Chevalier Firmin Van Bree  demanda à la fin des années cinquante à Pavlovsky de lui construire, à la pointe de Sainte-Barbe, une petite chapelle et une crypte semblable à celle où fut inhumé Saint Firmin, évêque de Pampelune puis d'Amiens, qu'il vénérait. Il fit orner l'un des murs par un panneau d'azulejos, sur le modèle de l'un des quatre bas reliefs de la cathédrale d'Amiens.
Mais les figures originales furent remplacées par son portrait et ceux de ses amis dont il ne voulait pas se séparer même dans la mort. Dernière preuve de l'originalité du Chevalier Van Bree qui fut un puissant l'homme d'affaires et un homme de coeur.

Sources
Article de J.B Dirassar dans Sud-Ouest du 19/10/1985
Textes de l'exposition sur l'oeuvre d'A. Pavlovsky du 07/08/1991
Texte de C.Distric (Voir panneau à l'entrée de la Chapelle de Saint-Barbe.

Les années folles

La période de l'entre deux-guerres fut une époque faste pour Saint-Jean-de-Luz fréquentée par les membres du gotha, princes, aristocrates, riches oisifs, personnalités littéraires et artistiques.

Par un décret du 25 mai 1912 saint-Jean-de-Luz avait été classée station blanéaire et climatique. Ce classement réclamé par le conseil municipal "pour augmenter la bonne réputation de la station" allait permettre de prélever une taxe de séjour. Il aurait réjouui les édiles de 1843 qui avaient décidé de créer au pied de la falaise de Sainte-Barbe, un établissement de bains "pour attirer les étrangers et accroître les ressources de l'octroi". Le résultat avait dépassé les espérances ! La ville avait beaucoup changé en une cinquantaine d'années. Le marécage putride entre la gare et la rue du Midi avait été comblé et remplacé par un quartier commerçant dont toutes les rues convergeaient vers la halle. Les dunes d'Aïce Errota, les terrains autour de la mare appelée Lacua avaient été urbanisées. Après la démolition du vieil hôpital et le transfert du jeu de paume, le quartier du boulevard Thiers était devenu le plus select et le plus animé de la ville avec son casino municipal, la Pergola, (reconstruit en 1927 par l'architecte Mallet-Stevens), ses nombreux restaurants et cafés, ouverts presuqe toute la nuit...
Les plus fréquentés étaient le Bar Basque et la Chaumière dont le directeur gérait aussi la Réserve de Ciboure, l'établissement le plus chic de la Côte Basque. Sonrestaurant où l'on servait "un menu exquis", son cabaret où se produisaient tous les jours l'orchestre argentin "Alberto" et "le délicieux chanteur de tangos, Alberru, à la vois de velour", recevaient des hôtes célèbres : le roi et la reine d'Espagne, le prince de Galles, des lords et des ladies, des Grands Ducs, le Maharadjah de Karputala.

Les artistes séduits

Des artistes vinrent, des peintres surtout, séduits par la beauté de la baie. Certains restèrent comme Ramiro Arrue qui disait que presque toute sa production avait été inspirée par la région. En 1925 il reçut la Médaille d'Or à l'exposition internationale des Arts Déco pour son panneau :"Fandago en Pays Basque". Grâce à lui et à Maurice Ravel qui y séjournait presque tous les étés le Pays Basque devint à la mode dans la capitale. Mais sa renommée avait déjà dépassé les frontières de la France ! Des Anglais s'étaient fixés à Saint Jean de Luz où la douceur du climat leur permettait de s'adonner en toute saison au golf. Leurs noms figuraient à côté de ceux des personnalités luziennes au bas des articles des gazettes relatant les manifestations mondaines : bals, galas organisés au profit d'oeuvres de bienfaisance, concours d'élégances automobiles. Les badauds se pressaient pour admirer les superbes voitures et les toilettes signées des plus grands couturiers, Patou, Poiret ou Chanel qui connaissait bien la ville, sa plage et ses golfs où elle accompagnait ses amis anglais.

Visite de Miss Univers

En 1932 le seuil de garantie atteignait enfin Sainte-Barbe. Construit pendant l'hiver pour donner du travail aux nombreux chômeurs, le dernier tronçon fut inauguré le dimanche 26 juin.
C'était une Reine, ravissante dans sa robe de mousseline de soie verte ornée de motifs fleuris et sous son chapeau "aux larges ailes", qui se trouvait à côté du maire, Marcel Hiribarren, lorsqu'il coupa le cordon symbolique. Par l'intermédiaire du Chevalier Van Bree et des résidents belges, miss Belgique, élue miss Univers, avait accepté l'invitation de la municipalité pour les trois jours des fêtes patronales.
Le samedi elle assista à l'embrasement des feux de la Saint-Jean, au concert de l'harmonie municipale depuis une fenêtre de la mairie, présida au Bar Basque à une soirée dansante dont la recette était destinées à la Fédération des Blessés du poumon et à la section luzienne des mutilés.
Le lendemain, des réceptions furent données en son honneur au Café de Madrid, au Yacht et au Canot-Club Basque. Le lundi matin elle accompagna le maire et le président du syndicat d'initiative au fronton pour la partie de rebot. Avant de quitter la ville elle "eut la délicate pensée d'aller déposer une gerbe de fleurs au pied du monument aux morts". Ce geste émut les luziens déjà conquis par "sa rayonnante beauté".
Tous espéraient que la saison estivale, commencée sous d'aussi heureux auspices grâce à cette "fée moderne", serait une réussite.